Pourquoi la curation va faire partie des prochains grands usages du web ?
Sous titre: En tout cas, pour les anciens producteurs de contenus.
Avant : l’histoire du 2.0
Je vais vous raconter rapidement l’histoire de ce qu’on a appelé le 2.0, du côté du créateur de contenu.
Avant produire du contenu était techniquement difficile. Il existait déjà des plateformes de création et d’édition de contenus (le Wiki n’est pas réellement né à l’époque du 2.0) mais elles ne permettaient pas à chacun de devenir producteur de contenu. Puis des plateformes sont arrivés, les plateformes de blog (WordPress, Typepad, blogger, over-blog, skyblog, …), les plateformes de photo (Flickr, Picassa,…), les plateformes vidéo (Youtube, Dailymotion, Vimeo,…), les plateformes de partage de documents plus récemment (Slideshare, Scribd,…).
Toutes ces sortes de plateformes permettaient aux gens qui avaient quelques choses à dire, qui pensaient avoir quelques choses à dire, qui avaient envie de partager quelque chose, de l’intime, une passion, en ont eu la possibilité. Et on1 l’a tous fait, ce qui me fait dire caricaturalement qu’à l’époque des blogs2, on avait tous un blog.
On a crée un blog parce qu’on avait quelque chose qui nous intéresse, qu’on voulait partager, parce qu’on voulait un espace du web rien qu’à soi,…J’ai à ce moment là crée tristanauquotien.blogspot.com puis tristanauquotidien.com (fonctionnant sur WordPress).
Mais on commence vite à découvrir que le web est grand on découvre que ce qu’on dit, d’autres le disent aussi, et mieux. Parce quand on a crée son blog, d’autres en ont crée en même temps, un peu avant (les early adopters sont plus ou moins early, mais on découvre que des blogueurs maîtrisant en fait le code, avait crée des blogs dans les années 90, comme le « Capitaine » Embruns).
Mais où se crée alors le besoin de la curation dans le 2.0 ?
Oui, sur le web, on est vite en concurrence avec d’autres créateurs de contenus: Brian Solis (ou Eric Maillard et Laurent François) quand on parle d’influence, de Robert Scoble et TechCrunch quand on parle de High-Tech, du Publigeekaire quand on parle de publicités, de Miss Vicky Wine quand on parle de vin, de Narvic quand on veut parler d’information en ligne, de ReadWriteWeb, sur l’activisme pro- neutralité d’internet.
Pas forcément une concurrence sur le lectorat: ceux qui me lisent sont majoritairement des gens qui me connaissent et je reste un des seuls blogs high-tech qu’ils lisent3. La concurrence est en fait une concurrence que l’on a intériorisée. Pourquoi réécrire une idée que j’ai déjà lue, quand je peux juste partager le lien ?
On blogue alors moins, trouve moins d’idées originales, et parfois on arrête son blog. Le web français a connu une hécatombe je dirais en 2008-2009.4 Mais on n’arrête pas la consommation de blogs des autres, des blogs plus experts, moins personnels, et on partage avec sa propre communauté à travers d’autres moyens: Twitter, Facebook. (pour la plupart d’entre nous), dans des communautés fermés pour les plus fanatiques5 (forums, réseau social spécialisé,…).
Oui, mais la frustration demeure. En fait, sur notre blog, on ne trouvait pas d’idées originales mais on pouvait recouper des idées différentes, lues à différents endroits, donner un très court avis en plus. Alors on recommence un blog ou reprend son blog mais différemment, on écrit avec beaucoup de liens (un peu comme cet article). J’ai alors beaucoup utiliser le bookmarklet de Posterous permettant de reprendre le contenu d’un site pour y ajouter des commentaires et le republier sur mon blog. Dans le même esprit, se sont crée de nombreux Tumblr qui permettaient aux gens de partager leur veille du Web.6
Et finalement, on trouve qu’on a assez peu de valeur ajoutée par rapport à ces liens, à part de pouvoir les recouper, de les confronter. On n’apporte pas quelque chose de nouveau, mais de l’organisation entre eux. C’est à ce besoin, ces frustrations, que vient répondre la curation.
Qu’est-ce que la curation ? La « digital curation » ?
Le curator, c’est la personne qui range les livres dans une bibliothèque. Le terme de Digital curator, s’il est présent sur quelques américains, n’est pas encore très discuté en France.7
La curation d’un point de vue digital est le fait de ranger dans sa bibliothèque des liens, et donc toute sorte de contenus. Par rapport à la curation dans la « vraie vie », ce qu’apport le numérique est donc la capacité de partage, le fait de pouvoir changer le type de rangement à n’importe quel moment, la co-édition, mais également le fait de ranger des conversations twitter pour raconter un événement.
Comme définition de la curation, je prends volontiers celle de Tom Foremski:
Curation is a person or persons, engaged in the act of choosing and presenting things related to a specific topic and context.
La définition vient d’un article dans lequel il explique la différence parfois subtile entre curation et agrégation (source), l’agrégation étant la collection de liens, alors que la curation est le fait de les choisir pour leur donner du sens.
Un autre aspect important de la curation est son aspect humain. Ce n’est pas un algorithme qui vous donne le contenu sur un sujet (Google), ce n’est pas non via un système de popularité, mi algorithme, mi humain (comme Digg). Dans cet optique, on peut d’ailleurs se demander si Paper.ly par exemple est un service de curation.
Quels services pour le faire ?
Pearltrees est le premier service que je connais à s’être lancé dans la curation (lire Disclaimer en bas). C’est d’ailleurs eux qui font la carte juste en dessous.
Pearltrees offre justement la possibilité de ranger, éditer très facilement le rangement, de le partager, de le présenter sur un blog via un embedd (et bien plus, et plus à venir, les mecs bossent beaucoup). Plus de détails dans cette interview (commence à dater) que j’avais fait d’un des fondateurs, et sur ce pearltrees qui reprend tout ce qui il y a à savoir sur le sujet.
Avec la même idée des cartes, on trouve TrailMeme, voir l’exemple avec les recettes pour Thanksgiving. Ce service permet, comme Pearltrees, de donner un sens de circulation à l’intérieur d’un contenu. Voir l’article de RWW.
Wozaik, lui permet de créer des pages en découpant des morceaux de contenus sur d’autres pages. Pour en savoir plus: voir l’article de Presse-Citron
Les autres grands acteurs de la curation pour l’instant sont surtout de Twitter, avant de pouvoir donner du sens au flux des tweets. On a donc dans cette tendance des services comme paper.li qui met de créer un « magazine » à partir des liens postés sur twitter (le mien Paper.ly/tristan_, celui crée avec les comptes des gens de mon école Paper.ly/tristan_/edhec), Curated.by qui permet de gérer les tweets manuellement, Storify et Qrait (service aussi autour des tweets, permettant par exemple de facilement raconter un événement).
Pour aller plus loin, ce pearltrees (ci-dessous) par Patrice Lamothe (CEO de Pearltrees) ou en version Scoop it! ici par Guillaume Decugis, CEO de Goojet (qui édite Scoop.it!).
Merci à PED pour son aide dans l’écriture de cet article.
1 : Le « on » n’est bien sûr pas tout le monde, mais la partie des gens qui créent du contenu et aujourd’hui, les gros consommateurs du Web et de services internet
2 : Non, les blogs ne sont pas morts, lisez la suite de l’article. Mais il est vrai que si le contenu qui circule, qui se crée, que la viralité nait sur des blogs (mais pas seulement, mais tout contenu a un créateur, des caisses de résonnance…), la conversation s’est aussi déportée, alors qu’elle était essentiellement dans les commentaires avant.
3 : Ce n’est pas comme si je pouvais rentrer en concurrence avec Scoble. Je ne suis pas et ne serai jamais un référent à l’échelle d’internet, je ne suis pas dans les influencers du Web sur tel ou tel sujet comme peut l’être Chris Dixon dans le milieu High-Tech, mais mes proches lisent parfois mon blogs, je deviens donc référent pour la High-tech et le web pour certains amis, un réseau de contact qui s’est crée aussi localement. Cette notion est importante quand on essaye de penser l’influence qui est reprise dans cet article. A reprendre donc.
4 : Toute autre interprétation, correction est le bienvenue.
5 : Cette tendance des forums existait bien avant le « 2.0 », et les communautés se sont parfois déportées de forums à communauté de blogueurs, au contraire, mais le fait de partager des liens perdure. Et d’autres lieux se sont crées. Si Facebook est mainstream, Buzz (si, il y a de la conversation) et Twitter, Friendfeed en son temps, Quora aujourd’hui, mais il y a tous les forums très spécifiques, par métier (infirmières, gendarmes, enseignants, …), ou même par maladie. Voir à ce sujet le pearltrees des forums marrants.
6 : Entre autres, tumblr est un service à part, avec une vraie communauté. Je suis également très rapide, je ne parle pas du rôle de Digg, ou de Delicious, qui sont finalement d’autres maillons de la même chaine, l’expression d’usages proches (et différents).
DISCLAIMER : j’avais à l’époque d’Ogilvy PR Pearltrees dans la liste de mes clients, et j’y ai gardé des liens. Mais cela n’enlève rien à l’honnêteté de mon raisonnement (enfin, je crois et espère). Mais je dois dire que même s’ils sont français, je pratique assez peu le Cocorico en matière de service Web mais vais au meilleur (Youtube, je t’aime plus que Dailymotion), mais les services viennent aussi avec une communauté, et là, le Cocorico compte.
7 : Raison aussi pour laquelle je me suis lancé dans cet article.
Post-scriptum : Comme à chaque fois que j’ai cherché à comprendre les usages du Web, je pars de mon exemple, j’analyse ce que j’ai fait, pourquoi, pour quelles raisons, je regarde ce qui se passe chez les autres, en utilisant une méthode analogue. C’est encore cette méthode que j’utilise ici, on pourrait la discuter, suis-je un bon acteur du Web, est-ce que mes proches le sont. Je le discute dans cet article, dans la catégorie Vie du Blog.
Post-scriptum : Oui, je muris cet article depuis longtemps, oui, si je voulais vraiment développer une vision de l’avenir du Web, cet article a un an et demi de retard, même Techcrunch France a écrit dessus, c’est dire. Leur article est d’ailleurs très bien, il est là.
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http://www.web-1.org/2010/12/08/vite-lu-8-decembre-2010/ Vite lu 8 décembre 2010 | web-1.org
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http://www.presse-citron.net/leweb10-ce-que-jen-ai-retenu LeWeb’10 : ce que j’en ai retenu
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http://www.expressroulartaservices.fr/2010/12/la-curation-le-nouvel-enjeu-du-storytelling-de-marques/ La curation : nouvel enjeu du storytelling des marques – Express Roularta Services
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http://www.tristanauquotidien.com/2010/12/venez-me-lire-sur-digitaltrendfr/ Venez me lire sur digitaltrend.fr at Tristan au quotidien
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http://twitter.com/AlexisRollin Alexis Rollin
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http://jerembuzz.wordpress.com/ JeremC
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Anonyme
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http://www.adverbe.com/2011/01/12/la-curation-vous-ny-echapperez-pas-en-2011/ La curation, vous n’y échapperez pas en 2011 | Adverbe